Ingestion précoce ou tardive de liquides et d'aliments pour réduire les complications de la chirurgie abdominale majeure

Ingestion précoce ou tardive de liquides et d'aliments pour réduire les complications de la chirurgie abdominale majeure

Résumé de la BSG

Principaux résultats

  • L'ingestion précoce de liquides et d'aliments en période postopératoire a été associée à une reprise plus rapide du transit intestinal, à des taux de complications infectieuses plus faibles, à une plus courte durée d'hospitalisation et à des niveaux de satisfaction plus élevés chez les femmes.
  • Aucune différence n'a été observée concernant les complications gastro-intestinales, comme les nausées, les vomissements, l'iléus et la distension abdominale entre les groupes de l'ingestion précoce et de l'ingestion tardive de liquides et d'aliments.
  • Les participantes du groupe de l'ingestion précoce ont repris une alimentation solide 1½ jours avant le groupe de l'ingestion tardive et ont pu sortir de l'hôpital un jour plus tôt.
  • Le niveau de satisfaction à l'égard du programme d'alimentation était supérieur dans le groupe de l'ingestion précoce.

Données factuelles incluses dans cette analyse documentaire

Cinq études portant sur 631 femmes dans quatre pays, à savoir les États-Unis (1), le Canada (1), la Thaïlande (1) et l'Italie (2).

Évaluation de la qualité

Toutes les études étaient des essais comparatifs randomisés présentant des critères de jugement cohérents. Les principales limitations méthodologiques étaient l'absence de technique en aveugle et le risque élevé de biais de performance. Dans l'ensemble, les preuves ont été jugées de qualité modérée pour les critères de jugement subjectifs et de bonne qualité pour les critères de jugement objectifs.

Implications cliniques

L'ingestion postopératoire tardive de liquides et d'aliments est un dogme de la chirurgie sans fondement scientifique. L'ingestion précoce d'aliments dans les 24 heures suivant l'opération est sûre et associée à un retour plus rapide du transit intestinal, à des taux de complications infectieuses plus faibles, à une plus courte durée d'hospitalisation et à des niveaux de satisfaction plus élevés chez les femmes. Une telle approche, avec un risque de complication gastro-intestinale postopératoire comparable, une reprise plus rapide de l'alimentation solide et une durée d'hospitalisation plus courte, est recommandée après une chirurgie abdominale majeure.

Recherches supplémentaires

De plus amples recherches devraient être menées pour examiner et fournir d'autres informations pertinentes sur le rapport coût-efficacité, la satisfaction et la préférence des participantes, et d'autres variations physiologiques (comme l'équilibre hydro-électrolytique, la réponse tissulaire et la cicatrisation de la plaie) en fonction de différents programmes d'alimentation postopératoires.


Analyse documentaire Cochrane

Citation: Charoenkwan K, Matovinovic E. Early versus delayed oral fluids and food for reducing complications after major abdominal gynaecologic surgery. Cochrane Database of Systematic Reviews 2014, Issue 12. Art. No.: CD004508. DOI:10.1002/14651858.CD004508.pub4.

Résumé

Il s'agit d'une mise à jour de l'analyse documentaire Cochrane publiée pour la première fois en 2007. En règle générale, après une chirurgie gynécologique abdominale majeure, l'ingestion de liquides et d'aliments n'est autorisée qu'à partir de la reprise du transit intestinal. On craignait que l'ingestion précoce de liquides et d'aliments n'entraîne des vomissements et un iléus paralytique sévère, et par conséquent une pneumonie de la déglutition, une déhiscence de la plaie et un lâchage anastomotique. Toutefois, les études cliniques fondées sur les données factuelles suggèrent que l'ingestion postopératoire précoce de liquides/aliments pourrait être associée à des bénéfices.

Évaluer les effets de l'ingestion précoce contre l'ingestion tardive (habituelle) de liquides et d'aliments après une chirurgie gynécologique abdominale majeure.

Notre recherche a porté sur le Menstrual Disorders and Subfertility Group's Specialised Register, le Cochrane Central Register of Controlled Trials (CENTRAL), et les listes bibliographiques des publications pertinentes. La recherche la plus récente a été menée le 1er avril 2014. Nous avons également effectué des recherches dans un registre d'essais en cours (www.clinicaltrials.gov) le 13 mai 2014.

Étaient admissibles les essais comparatifs randomisés (ECR) comparant les effets de l'ingestion précoce à ceux de l'ingestion tardive de liquides et d'aliments après une chirurgie gynécologique abdominale majeure. L'ingestion précoce était définie comme l'ingestion de liquides ou d'aliments dans les 24 heures suivant la chirurgie indépendamment du retour du transit intestinal. L'ingestion tardive était définie comme l'ingestion de liquides et d'aliments à partir de 24 heures après la chirurgie et uniquement en présence des signes marquant la fin de l'iléus postopératoire.

Deux auteurs de l'analyse documentaire ont sélectionné les études, évalué la qualité et extrait les données. Pour les données catégorielles, le risque relatif (RR) et l'intervalle de confiance (IC) à 95% ont été calculés. Nous avons examiné les données continues en utilisant la différence moyenne (DM) et l'intervalle de confiance à 95%. L'hétérogénéité entre les résultats des différentes études a été évaluée au moyen d'une représentation graphique forest plot de méta-analyse, des tests statistiques d'homogénéité des tableaux 2 x 2 et du coefficient I². L'approche GRADE a été appliquée afin d'évaluer la qualité des preuves.

Les taux de développement d'un iléus postopératoire étaient comparables dans les groupes d'étude [RR= 0,47 (IC95: de 0,17 à 1,29), p= 0,14, 3 ECR, 279 femmes, I² = 0%, preuves de qualité modérée]. Aucune différence n'a été relevée concernant les nausées et/ou les vomissements entre les groupes d'étude [RR= 1,03 (IC95: de 0,64 à 1,67) p= 0,90, 4 ECR, 484 femmes, I²= 73%, preuves de qualité modérée]. Aucune différence n'a été mise en évidence entre les groupes d'étude concernant la distension abdominale [RR= 1,07 (IC95: de 0,77 à 1,47], 2 ECR, 301 femmes, I²= 0%] ou le besoin de poser une sonde nasogastrique [RR= 0,48 (IC95: de 0,13 à 1,80), 1 ECR, 195 femmes]. L'ingestion précoce a été associée à un retour plus rapide des borborygmes [DM= -0,32 jours (IC95: de -0,61 à -0,03), p= 0,03, 2 ECR, 338 femmes, I²= 52%, preuves de qualité modérée] et à une réapparition plus rapide des gaz [DM= -0,21 jours (IC95: de -0,40 à -0,01), p= 0,04, 3 ECR, 444 femmes, I²= 23%, preuves de qualité modérée]. En outre, les femmes appartenant au groupe de l'ingestion précoce ont pu reprendre une alimentation solide plus tôt [DM= -1,47 jours (IC95: de -2,26 à -0,68), p= 0,0003, 2 ECR, 301 femmes, I²= 92%, preuves de qualité modérée]. Aucune différence n'a été mise en évidence concernant le délai de premier passage des selles entre les deux groupes d'étude [DM= -0,25 jours (IC95: de -0,58 à 0,09), p= 0,15, 2 ECR, 249 femmes, I²= 0%, preuves de qualité modérée]. La durée d'hospitalisation était plus courte dans le groupe de l'ingestion précoce [DM= -0,92 jours (IC95: de -1,53 à -0,31), p= 0,003, 4 ECR, 484 femmes, I²= 68%, preuves de qualité modérée]. Les complications infectieuses ont été moins fréquentes dans le groupe de l'ingestion précoce [RR= 0,20 (IC95: de 0,05 à 0,73), p= 0,02, 2 ECR, 183 femmes, I²= 0%, preuves de bonne qualité]. Dans une étude, le taux de satisfaction était significativement plus élevé dans le groupe de l'ingestion précoce [DM= 11,10 (IC95: de 6,68 à 15,52), p< 0,00001, 143 femmes, preuves de qualité modérée].

L'ingestion postopératoire précoce de liquides et d'aliments après une chirurgie gynécologique abdominale majeure pour des affections bénignes ou malignes semble sûre et n'est pas associée à une augmentation des morbidités gastro-intestinales ou des autres complications postopératoires. Parmi les bénéfices associés à l'ingestion précoce figurent une reprise plus rapide du transit intestinal, des taux de complications infectieuses plus faibles, une plus courte durée d'hospitalisation et des niveaux de satisfaction plus élevés.